Musique

Lundi 27 septembre 2004











    Une fois n’est pas coutume, je me lance dans la chronique discographique pour ce que je considère d’ores et déjà comme un disque majeur de l’année 2004!
Deux ans seulement se sont écoulés depuis leur dernier opus "Dirty dancing" et pourtant on a l’impression de ne pas avoir à faire au même groupe.
Les ambiances minérales et un peu brouillonnes du précédent album laissent place cette fois ci à des climats beaucoup plus organiques et profonds, plus aboutis en quelque sorte.
On est très proche ici de l’album de la maturité et, espérons le, de la consécration pour le duo britannique, ce qui serait largement justifié.
Et cette maturité, ils sont peut être allés la chercher quelque part dans le sud de la France, au fin fond de la grande bergerie du Château Villarel où a été produit cette petite merveille et d’ou s’échappent ces fameuses boucles aussi étranges et mystérieuses que le dessin gothique ornant la pochette du disque !
En effet, tout au long des 10 plages, le duo distille insidieusement des nappes sombrissimes dignes des plus grandes heures de la cold wave, nappes qui enrobent de leur fourreau tragique des beats acérés taillés en droite ligne pour les dancefloors les plus exigeants, et le tout agrémenté de superbes vocaux plus suaves que jamais.
Tout commence par cet énorme tube (qui pourtant n’est pas le premier single), "Keep it Coming" qui réssuscite les New Order de la grande époque !
Emporté par une ligne de basse élégiaque et anthologique disons le, qui ferait se damner le grand Peter Hook lui même, ce petit chef d’œuvre ne quittera plus votre platine et provoquera en vous un véritable effet de manque dés la fin de ses 5’14’’.
Espérons que cet hymne pour caves surchauffées atteigne le grand public le plus tot possible …
S’ensuit le single officiel "Another way" tout aussi tubesque avec cet amoncellement de nappes d’un autre monde et de rythmes compulsifs qui prennent le danseur au corps pour ne plus le lacher, et surtout porté par cette voix précieuse échappée d’une époque révolue telle une relique conservée amoureusement dans son écrin de velour et de satin.
Nul doute également que ce single est voué à un très beau parcours …
Le très mystérieusement nommé "Bergerie" est lui aussi noyé dans un trauma de nappes lugubres et trafiquées qui laissent à l’auditeur imaginer l’ambiance ténébreuse qui devait régner dans cette bergerie au moment des faits …
La rythmique y est également oppressante à souhait et contribue à déployer cette transe malsaine qui nous pousse à danser sur l’indansable !
Après l’ intermédiaire "My House" beaucoup plus présentable, des couches de nappes sourdes refont leur apparition avec le tout aussi étrangement nommé "Jeune Loup". Ici point d’oppression mais au contraire de grandes plaines ravagées et irradiées par des sons éthérés et surnaturels.
On est très proche d’une parfaite bande-son post-apocalyptique !
A moins que ce ne soit du Suicide d’Alan Vega dont le duo s’inspire magistralement sur le morceau suivant "Snowblind", petite perle d’électro-jerk répétitif menée par cette voix plus mature que jamais et hantée par le fantôme du Maitre es-déviances !
Et ensuite, il y a elle, "Then There’s Her" dans le texte, autre sommet de cet album qui lui même est un sommet a lui tout seul.
Ce dub futuriste est un monument érigé à la voix glaciale de Clair Dietrich, sorte de Laurie Anderson des temps modernes qui arriverait à faire cristalliser une rivière de cordes dans cet jungle de basses humides et denses.
Cette orgie organique est succédée par le très industriel "8080", en provenance directe des usines automobiles de Detroit et de ses produits dérivés qui donnèrent naissance non loin de là au mouvement techno dans les 80’s justement , comme quoi David Brown et John Taylor savent intelligemment faire des clins d’œil à leurs illustes ainés sans les plagier bêtement !
Et il faudra tout de même patienter jusqu’à l’avant-dernier morceau pour se faire administrer l’unique bouffée d’espoir de cet album avec le rouleau-compresseur "Speak Easy" et sa mélodie sifflée imparable, ravis de voir que les Swayzak ressortent à peu prés indemnes de cette épopée au fin fond du coté obscur de leurs machines malades, égarées telles des brebis galeuses dans cette bergerie d’ou s’échapperont pendant encore longtemps ces boucles de laine sonore …
Par Jeff
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